Histoire d'Erandio et son patrimoine industriel
En sortant de Bilbao par Elorrrieta, soit en métro soit par la nouvelle piste cyclable qui longe le chemin de halage historique le long du fleuve, nous entrons immédiatement dans la ville d’Erandio. On ne peut comprendre l’histoire d’Erandio sans l’industrialisation, tout au moins certains de ses quartiers les plus urbains : Altzaga, Astrabudua, Asua et Lutxana-Enekuri. À Erandio on construisait et on réparait des embarcations, d'abord en bois puis en métal ; on créait des peintures pour les colorer et des pièces de rechange pour les réparer ; on y a également construit les câbles pour soutenir le pont Puente Bizkaia et les tramways aériens des mines et on y a extrait les rochers pour canaliser une partie du fleuve… C'est le reflet de la rive gauche sur la rive droite. C'est le site de « l’autre industrie », la moins connue, celle qui s'est développée dans l’ombre des colosses situés en face.
Un peu d'histoire
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Depuis ses origines, Erandio a été une commune au caractère résolument rural qui, encore aujourd’hui, conserve cet aspect dans ses parties hautes, notamment dans des quartiers comme Erandio Goikoa. Cependant, avec l’arrivée de l’industrialisation à la fin du XIXᵉ siècle, une nouvelle ère commence pour la ville : de nouveaux espaces sont créés pour l’industrie et pour la construction de logements destinés aux travailleurs.
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Lors de la promenade le long de la ria, on trouve la plupart de ses architectures les plus représentatives de l’époque industrielle. En quittant San Ignacio et Elorrieta par la route de la ria, dans le quartier de Lutxana-Erandio, se distinguent les anciennes écoles de style néobasque, situées à proximité de la station de métro. Celles-ci ont été projetées en 1924 par Ángel Líbano pour répondre à la demande de places scolaires dans ce quartier, et furent rénovées en 1931 par Pedro de Ispizua.
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Un peu plus loin, à côté de l’embouchure de la rivière Asua, se trouve l’usine « Pinturas Internacionales ». La société a été fondée en 1923 et s’est consacrée à la fabrication et à la vente de peintures, de produits anticorrosion, de vernis et de produits similaires pour navires, sous les brevets de « The International Paint and Compositions Co. » (Londres, 1881). L’acceptation que rencontrèrent ses produits et l’augmentation de la demande motivèrent l’agrandissement du bâtiment d’origine lors de phases ultérieures.
D’un point de vue typologique, il présente des caractéristiques singulières, très éloignées des architectures propres au secteur naval et sidérurgique, ce qui lui confère une grande valeur patrimoniale, même s’il est actuellement à l’abandon.
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Raverser la rivière Asua, c’est aussi traverser une partie méconnue de l’histoire, qui fut pourtant d’une grande importance. En effet, le quartier d’Asua eut le statut de Port Royal au Bas Moyen Âge, ce qui témoigne de l’importance de cet établissement et du rôle de ce quartier dans l’histoire d’Erandio et dans cette partie de notre parcours sur la rive droite de la ria.
Bien qu’il ne subsiste plus de vestiges matériels de ce port, Asua devint, au XIXᵉ siècle, l’un des ports les plus fréquentés de toute la Seigneurie, se situant au début des années 1820 juste derrière Bilbao, grâce au commerce continu de marchandises chargées et déchargées. À certains moments, il en vint même à rivaliser directement avec le port de la capitale.
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Nous parlons ici d’une intense activité de transport : bois, cuirs et barges qui profitaient du flux des marées pour débarquer le minerai extrait des pentes de Muskiz et transporté depuis Barakaldo pour approvisionner les forges du Txorierri ; un fer qui serait ensuite transformé en socles de charrue, marteaux, houes, piques ou épées entre les mains des factions ; des galères amarrées pour leur ravitaillement ou leur réparation ; bref, un va-et-vient constant de marchandises, à l’origine - dit-on - des implantations industrielles qui s’établirent plus tard sur la Ria du Nervión, Erandio devenant l’un de ses centres les plus importants.
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Juste sous le pont de Rontegi (l’un des ouvrages d’ingénierie civile les plus importants de l’État, construit entre 1977 et 1979 par l’ingénieur José Antonio Torroja), fut installé le premier chantier naval industriel d’Erandio, Astilleros Ardanaz, promu par Rafael Olazabal en 1917.
Quelques années plus tard, en 1928, ce même site accueillit Astilleros y Talleres Celaya S.A. (ASTACE). Physiquement, il n’eut jamais vraiment l’apparence d’un chantier naval. Il ressemblait plutôt à un terrain cultivé, séparé de la ria par la route. C’était un chantier naval avec peu de moyens, presque sans ateliers et avec peu de personnel. Ce n’est pas un hasard si son manque d’espace pour les cales de construction l’obligeait à mettre les bateaux à l’eau latéralement.
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Malgré tout, des cales erandiotarras des Astilleros Celaya sortirent près de 200 navires de nombreux types, parmi lesquels des bateaux de cabotage, des yachts de luxe et des gabares. En 1960, l’Assemblée des Travaux du Port lui commanda la construction de deux gabares pour renforcer sa flotte d’embarcations (gabarre n° 1 et gabarre n° 2). L’une d’elles correspond à la fameuse gabarre que l’Athletic Club utilise lors de ses célébrations.
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À côté d’ASTACE se dresse le bâtiment de l’ancienne entreprise FRIMOTOR qui, sous licence Westinghouse, fabriquait des réfrigérateurs, des machines à laver, des appareils de climatisation, des fers électro-automatiques, des composants pour trains, des prototypes de voitures, des autobus électriques… Westinghouse employa plus de 750 travailleurs et fut l’une des entreprises de référence à Erandio, bien qu’elle nous rappelle aussi tristement le tragique accident de 1967, au cours duquel 16 travailleurs perdirent la vie après l’effondrement d’une partie des installations.
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Petit à petit, en profitant des immeubles riverains d’habitation d’époque, nous arrivons à l’embarcadère, un lieu idéal pour s’arrêter et contempler le paysage de l’estuaire. De là partait le bateau-navette en direction de Barakaldo. C’était le moyen le plus rapide, économique et simple utilisé par les travailleurs pour se rendre aux grandes usines de la rive gauche. Cette zone fut également une douane pour le contrôle des produits et des marchandises qui passaient par la route ou qui débarquaient sur le quai.
On y trouve encore l’une des rares grues portuaires que l’on pouvait trouver le long de la ria. À cet endroit même, nous nous arrêterons devant la grande fresque peinte sur la façade latérale du chantier naval. Réalisée en 2007 par l’entreprise Wallart, ses 72 m2 représentent (comme s’il s’agissait d’un immense instantané) la montée des eaux de la ria.
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Quelques mètres plus loin se trouve l’ancienne Société franco-espagnole de tréfilage, câblerie et transports aériens, constituée en 1898 par les Français Senret et Chandonet, dont le bâtiment a été conçu par l’ingénieur français Filiberto Bonvillain. Ce fut la première usine du pays à fabriquer des câbles et fils en acier, devenant ainsi le principal fournisseur de câbles en acier pour l’industrie minière, les ponts et d’autres secteurs industriels. En effet, elle fut chargée de fournir les câbles pour le Pont Bizkaia.
Son aspect actuel, de style rationaliste, résulte des rénovations effectuées entre 1939 et 1967 par Manuel et Carlos Castellanos.
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En poursuivant le chemin vers Axpe, nous ferons face au bâtiment GESTAMP, propriété d’un groupe international dédié à la conception, au développement et à la fabrication de composants automobiles. À l’origine, l’immeuble appartenait à Industrias Aguirena, spécialisée dans la fabrication de machines électriques lourdes.
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En face de ce bâtiment, nous pouvons voir les installations de l’entreprise Astilleros de Murueta, un chantier naval important et hautement spécialisé, qui dispose d’une imposante cale sèche de 156 mètres de long. Ses grues de type « pélican » se détachent dans le ciel de la commune et constituent aujourd’hui l’emblème de la longue tradition navale de la région. Ces chantiers navals ont été fondés en 1941 par Tomás Ruiz de Velasco et ont employé jusqu’à près de 500 personnes sur leurs 40 000 m². Les mises à l’eau latérales qui se réalisent ici sont les plus spectaculaires de toute la ria.
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C’est approximativement sur ce tronçon que se trouvait le Rocher du Frère, qui restait immergé à marée haute et rendait la navigation dangereuse. En 1882, Evaristo de Churruca, directeur de l’Assemblée des Travaux du Port, adopta la solution définitive en créant une digue de canalisation, dont fait partie le Rocher du Frère. C’est ainsi qu’est née la darse d’Axpe, une digue longue de 540 mètres, jalonnée de bouées d’amarrage. Grâce à cela, Churruca réussit à adoucir la courbe d’Axpe et à canaliser cette partie de la ria qui avait causé tant de soucis aux marins et navigateurs.
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À partir de ce point et en longeant la ria, nous pourrons voir l’ancienne carrière d’Axpe, dont les extractions ont été destinées, depuis la fin du XIXᵉ siècle, entre autres usages, au remblayage d’une partie du quartier d’Altzaga ainsi qu’à la canalisation de la ria.
Là où l’on voit aujourd’hui un groupe de nouvelles constructions, s’était installée en 1962 l’entreprise Metalquímica del Nervión, la première usine du pays à exploiter les cendres de pyrite, de cuivre et de zinc pour obtenir des concentrés de cuivre et du minerai enrichi en fer. Actuellement, le site abrite une zone industrielle et, sur les parois de l’ancienne carrière, on peut observer quelques faucons crécerelles.
Depuis ce point, toujours accompagnés des stations de métro d’Erandio et d’Astrabudua, nous nous rapprocherons de Leioa.